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Supercharged. Perspectives de Keywords Studios. Edition 05.

Edition 05 - La vérité dérangeante sur l’IA

Supercharged : perspectives de Keywords Studios

Bon retour à Supercharged : perspectives de Keywords Studios, notre infolettre trimestrielle.

Cette édition de Supercharged aborde des vérités dérangeantes sur l’utilisation de l’IA dans l’industrie et explore les fausses croyantes expliquant pourquoi l’intégration échoue souvent à produire des résultats significatifs, déplaçant la faute des modèles eux-mêmes vers l’infrastructure de production en coulisses, ou vers son absence. Des quatre lacunes critiques qui éliminent les pilotes d’IA avant qu’ils ne puissent se développer à grande échelle, au passage d’une assistance réactive à un engagement proactif des joueurs, les studios qui réussissent réellement avec l’IA ont un point en commun : ils ont arrêté de courir après les moments « wow » et ont commencé à concevoir des flux des travaux fiables. La technologie ne vaut que ce que vaut la qualité de l’infrastructure en coulisses.

La vérité dérangeante sur l’IA : Pourquoi 90 % des développeurs de jeux utilisent l’IA, mais 52 % la détestent

Par Jon Gibson, Responsable mondiale de la transformation chez Keywords Studios et Tara Phillips, Directrice de service artistique chez Keywords Studios

J’ai un aveu à faire : je ne suis pas un fan d’IA. Je ne développe pas de grands modèles de langage, je ne gagne pas ma vie en rédigeant des invites, et j’aurais besoin de chercher la différence entre un transformer et un modèle de diffusion sur Google.

Ce que je suis, c’est un créateur de jeux. J’ai passé 30 ans sur le terrain : à diriger des studios, à faire paraître des jeux, à rater des étapes importantes et à vivre au cœur des pipelines de production. Aujourd’hui, je gère la transformation corporative chez Keywords Studios. Mon objectif à moi n’est pas de savoir si l’IA est « impressionnante » (c’est clairement le cas) ​​mais si elle peut réellement survivre au contact d’un pipeline de production réelle.

L’industrie du jeu vidéo traverse présentement un étrange paradoxe. Une étude menée par Google Cloud et The Harris Poll révèle que 90 % des développeurs de jeux utilisent l’IA dans leurs flux des travaux. Pourtant, selon le rapport State of the Industry de la GDC, 52 % des professionnels estiment que l’IA générative a un impact négatif.

Comment 90 % d’entre nous peuvent-ils utiliser un outil auquel plus de la moitié d'entre nous ne font pas confiance?

La réponse n’est pas dans la technologie. Elle réside dans la « plomberie », cette infrastructure de production ennuyeuse et peu attrayante qui détermine si un outil est une révolution ou un « jeu jetable ».

Le problème de la « boîte de chocolats »

L’IA générative est non déterministe, fragile et réputée pour être difficile à contrôler. Chaque fois que vous cliquez sur Générer, c’est comme ouvrir une boîte de chocolats : vous pourriez tomber sur un délice au caramel, ou sur un chocolat à la noix de coco.

Lors de la phase de conception ou de remue-méninges, la surprise est un atout. Mais en production, elle devient un défaut. Si un client commande une centaine de nougats au café spécifiques pour jeudi, « soumettre une invite et prier » n’est pas une stratégie, mais un handicap.

La plupart des outils d’IA actuels sont optimisés pour le moment « wow » d’une démonstration avec un seul utilisateur. Mais la production réelle exige :

  • a répétabilité : obtenir la même qualité à chaque fois;
  • les jalons de qualité : savoir à quoi ressemble un résultat satisfaisant avant même de commencer;
  • les pistes d’audit : savoir exactement d’où proviennent les données et qui les a approuvées.

Sans ceux-ci, nous n’avons pas de jeux; nous avons un « jeu jetable », un bruit de fond dû au manque d’effort et à la faible qualité qui a déjà forcé des plateformes comme Steam à mettre en place une sélection plus stricte.

Où les pilotes d’IA vont pour mourir

Lorsque nous examinons l’adoption de l’IA dans des dizaines de studios à travers le monde, nous pouvons constater un schéma récurrent : les projets pilotes n’échouent pas en raison de la faiblesse des modèles, mais en raison des lacunes qui les entourent :

  1. La faille de transition : Une preuve de concept brillante est créée, le gestionnaire est promu, et l’outil tombe dans l’oubli parce que personne ne veille à son entretien ou à son évolution.
  2. La faille d’intégration : L’IA ne parle pas avec Perforce, Shotgrid ou GitHub. Les artistes transfèrent manuellement les fichiers, ce qui leur fait perdre le temps que l’IA était censée leur faire gagner.
  3. La faille de gouvernance : L’intervention du service juridique est in extremis, car personne n’a vérifié le statut de PI des données d’entraînement.
  4. La faille de culture : Si un directeur artistique ne fait pas confiance au résultat, ou si une équipe se sent menacée par la « boîte noire », l’adoption stagne, quelle que soit la qualité de la technologie.

 

De « Soumettre une invite et prier » à « Piloter et itérer »

Les studios qui tirent profit de l’IA en ce moment ne sont pas ceux qui possèdent les « meilleurs » modèles; tout le monde a accès aux mêmes grands modèles de langage. Les vrais gagnants sont ceux qui mettent en place un cadre de production.

Cela implique de passer d’une approche « baguette magique » à une approche d’ingénierie. Dans un flux des travaux prêt pour la production, l’IA génère, mais un humain pilote, corrige et valide. Nous ne remplaçons pas les artistes; nous créons de nouveaux rôles pour des personnes capables d’orchestrer ces pipelines complexes à étapes multiples.

Comme l’a récemment noté Swen Vincke de Larian Studios, l’utilisation de l’IA ne les a pas empêchés d’embaucher plus d’artistes. Elle a tout simplement changé la nature du travail.

La voie à suivre : Cinq étapes pour lundi matin

Si vous voulez sortir de la « phase chaotique » de l’IA, arrêtez de vous concentrer sur les modèles et commencez à regarder votre flux des travaux.

  1. Commencez par le goulot d'étranglement, et non l’outil. N’achetez pas un outil d’IA pour lui chercher un problème; cartographiez votre pipeline et trouvez l’outil qui corrige un délai spécifique.
  2. Définissez d’abord vos jalons de qualité. Si vous ne pouvez pas décrire la norme, l’IA ne pourra certainement pas l’atteindre.
  3. Traitez la sélection de l’IA comme la gestion des fournisseurs. Vérifiez la sécurité de la PI et la compatibilité des outils avec votre pipeline avant de les intégrer.
  4. Maintenez l’intervention humaine à chaque étape de la décision. Il ne s’agit pas de ralentir, mais bien de repérer les « chocolats à la noix de coco » avant qu’ils ne soient livrés aux joueurs.
  5. Établissez une gouvernance dès le premier jour. Adapter des politiques à un flux des travaux déjà en place est dix fois plus difficile que de les intégrer dès le départ.
three men and a lady sat around laptop

Conclusion : Transformer le chaos en capacité

Nous avons déjà vécu cela. Nous l’avons vécu avec la 3D temps réel dans les années 90, avec la capture de mouvement et avec les services en direct. À chaque fois, une technologie révolutionnaire arrivait, suivie d’une période de chaos qui ne se terminait que lorsque l’industrie construisait l’infrastructure de production nécessaire pour la gérer.

L’IA est extraordinaire, mais la production est complexe. Le défi le plus excitant du développement de jeux vidéo n’est pas de créer un meilleur modèle, mais de concevoir la couche de production qui transforme l’IA, d’une simple boîte de chocolats aléatoires, en un moteur de créativité fiable.

Prouver que l’IA peut produire des résultats : L’évolution des tickets d’aide à l’engagement des joueurs

Par Rakesh Mistry, Responsable de la production chez Helpshift et Erik Ashby, Directeur senior - R et D chez Helpshift

Dans le paysage vidéoludique moderne, le modèle traditionnel d’assistance aux joueurs fait défaut aux développeurs et aux joueurs. Comme nous l’avons mentionné cette année à la GDC 2026, l’industrie est à un tournant décisif où l’assistance réactive doit évoluer en engagement des joueurs proactif. En exploitant l’IA générative, nous pouvons enfin combler le fossé entre l’efficacité et des expériences de haute qualité pour les joueurs.

Le coût du désengagement

Le désengagement des joueurs est provoqué par différents facteurs clés qui ont un impact direct sur les résultats financiers d’un jeu :

  • Publicité excessive : Un tiers des joueurs abandonnent les nouveaux jeux en raison des publicités, et près de la moitié (47 %) abandonnent leurs jeux habituels pour la même raison.
  • Frustration liée à un soutien insuffisant : Les longs temps d’attente entraînent l’abandon du jeu pour 60 % des joueurs, tandis que 49 % quittent le jeu après avoir reçu une réponse insatisfaisante.
  • Communautés toxiques : 67 % des joueurs sont plus susceptibles de continuer à dépenser s’ils constatent que des mesures sont prises rapidement contre les comportements toxiques.

Inversement, un excellent soutien est un facteur de croissance clé. 78 % des joueurs sont susceptibles de recommander un jeu (et de dépenser plus) s’il offre un soutien rapide et de haute qualité.

L’évolution : de réactif à proactif

La mission d’Helpshift est de faciliter des millions de conversations sur des milliards d’appareils, en allant au-delà de la simple résolution de tickets. Notre cadre pour cette évolution comprend trois étapes distinctes :

EtapeFocalisationExpérience
Assistance aux joueursGestion des tickets d’assistance pour les canaux de service à la clientèle.Reactif : Les expériences sont conçues pour un parcours client réactif.
Bots et automationAutomatisation déterministe des flux des travaux pour des nœuds spécifiques du parcours.Axé sur l’efficacité : Se concentre sur la réduction des coûts grâce à l’automatisation de base.
Engagement des joueursCréer des conversations dynamiques sur l’ensemble de l’expérience du joueur.Proactif : L’analyse des comportements oriente les décisions visant à minimiser le désengagement avant qu’il ne survienne.

Le guide de l’engagement des joueurs

Pour obtenir des résultats significatifs avec l’IA générative, les studios devraient suivre ce guide stratégique :

  1. Transformer les tickets en connaissance : Tirez parti de votre historique d’assistance pour créer une base de connaissances solide.
  2. Se concentrer sur les conversations : Traitez chaque interaction comme une conversation pour définir des procédures et des objectifs clairs. Sachez d’où vient le joueur et où il veut aller.
  3. Intégrer pour la personnalisation : Connectez des agents d’IA à votre écosystème technique pour offrir un contexte de joueur plus approfondi et une meilleure immersion.
  4. Livrer une valeur stratégique: Utilisez l’IA non seulement pour résoudre les problèmes, mais aussi pour fidéliser et développer de manière proactive vos joueurs les plus précieux.

Que ce soit par le biais de la technologie, de l’IA ou des services humains, l’objectif unique demeure le même : des conversations significatives qui gardent les joueurs dans le jeu.

Voici l’agent d’assistance IA

L’élément central de cette évolution est l’agent d’assistance IA, un agent autonome propulsé par l’IA conçu pour résoudre les requêtes directement en jeu. Contrairement aux bots traditionnels, l’agent d’assistance IA est entraîné sur des connaissances spécifiques au jeu et a accès au contexte du joueur.

Les résultats de nos partenaires bêtas, tels que Huuuge Games, démontrent la valeur stratégique de cette approche :

  • Satisfaction élevée : Un score de satisfaction client moyen de 4,2 grâce à des réponses approfondies, naturelles et personnalisées.
  • Efficacité prête à l’emploi : Une amélioration de 17 % par rapport à l’automatisation traditionnelle avec une réduction 2X de réouverture des contacts. Cela veut dire deux fois plus de joueurs qui reviennent jouer
  • Échelle et résolution : L’agent d’assistance IA peut résoudre instantanément plus de 70 % des requêtes des joueurs, ce qui réduit considérablement les coûts opérationnels tout en améliorant la satisfaction des joueurs.
Man wearing over-ear headphones in a dark room with a faint purple glow emitting from the screen in front of him

L’évolution éthique de la voix IA dans les jeux vidéo

Par Sudhanshu Kumar, scientifique de données principal chez Keywords Studios

Alors que nous traversons 2026, le paysage du jeu vidéo a atteint un tournant décisif. La conversation est passée de la question technique brute « L’IA peut-elle parler? » à quelque chose de plus significatif : « Comment pouvons-nous faire évoluer la créativité humaine grâce à l’amélioration de l’IA? »

 

La réinitialisation éthique de 2025 : le consentement comme condition non négociable, non comme consensus

 

L’accélération rapide de la technologie vocale des dernières années a forcé l’industrie à engager des discussions autour du consentement, de la propriété et du contrôle artistique. L’Accord sur les médias interactifs de juillet 2025, ratifié à une écrasante majorité de 95,04 %, a marqué une étape cruciale. Il a instauré une approche privilégiant l’éthique pour un développement responsable de la technologie vocale.

  • Consentement non négociable : L’IA ne peut pas cloner une voix sans un consentement écrit clair et explicite. Cela protège les droits de la personnalité des interprètes, leur voix étant considérée comme une empreinte numérique unique.
  • L’économie avec des barrières de sécurité : En demandant à ce que les performances synthétiques soient rémunérées au même tarif syndical qu’un travail effectué en personne, l’industrie supprime toute incitation à utiliser l’IA uniquement comme mécanisme de réduction des coûts. Même si l’IA peut être plus rentable pour des cas d’utilisation clairement définis, les acteurs humains demeurent essentiels pour les rôles principaux et les performances émotionnellement complexes où la collaboration créative, la direction et la nuance définissent la qualité.
  • Transparence et responsabilisation : Les studios doivent fournir des rapports d’utilisation pour les répliques numériques, et de nouvelles lois comme la Loi californienne AB 2602 garantissent que ces protections sont soutenues par l’autorité de l’État.

Mais soyons clairs : Pour le moment, il n’existe pas de modèle éthique unique et unifié. Même si le consentement explicite à toute forme de reproduction vocale est devenu un socle commun, la réalité sur le terrain demeure complexe et fragmentée. Nous constatons que, dans l’ensemble des projets et des régions, selon le pays et les accords applicables, l’entraînement de l’IA peut être autorisé sous des conditions très strictes, limité à des cas d’utilisation spécifiques, ou tout simplement rejeté.

De nombreux artistes continuent aussi de souligner l’importance de la présence au studio, de la direction artistique et de la nature incarnée de la performance comme indissociables de leur art. Plutôt que de signaler un cadre définitif, 2025 a marqué le point tournant où les limites éthiques sont devenues impossibles à ignorer.

A control panel illuminated by blue light

Le modèle « Humain plus » : soutenir, non remplacer

Dans ce contexte, l’industrie se confronte à la philosophie de « l’Humain plus ». Plutôt que de remplacer les talents, l’IA représente une couche de soutien permettant à l’élément humain de briller dans plus de domaines en même temps.

  • Préserver le noyau émotionnel : Les doubleurs professionnels fournissent l’âme d’un jeu. L’IA est de plus en plus utilisée pour gérer les tâches de production fastidieuses : des milliers de répliques de PNJ, des variantes de salutations localisées ou la prononciation des noms des joueurs. Cela permet aux acteurs humains de concentrer leur énergie sur les scènes à fort impact et émotionnellement complexes qui définissent l’identité d’un jeu.
  • Localisation à grande échelle : Les développeurs indépendants peuvent désormais localiser des jeux dans des dizaines de langues en quelques semaines au lieu de mois. Cependant, les projets les plus réussis utilisent l’IA pour gérer les éléments techniques (synchronisation syllabique), tandis que les langagiers et les acteurs humains restent les garants des nuances culturelles, de l’humour et de l’accessibilité.

Des avancées structurées

Il faut voir les jalons techniques de 2026 comme des outils au service de l’envergure artistique. Ils servent à combler le fossé entre l’intention humaine et les mondes numériques massifs.

TechnologieCapacitéContexte humain
Clonage immédiatReproduit le timbre en 3 secondes.On l’utilise pour générer des messages de joueurs personnalisés avec le consentement strict des acteurs.
GLM-TTSUn taux d’erreur de caractères de 0,89.Atténue les « bruits » techniques, ce qui permet aux ingénieurs de son de passer moins de temps au nettoyage manuel.
Precision ControlReproduit les variantes linguistiques locales à la milliseconde.Assure que les doublages localisés conservent la cadence de l’acteur d’origine.

L'avenir : élargir la scène, sans substituer le comédien

À mesure que la technologie vocale s’étend à l’ensemble des jeux, son incidence réelle se clarifie. L’IA ne redéfinit pas ce qu’est la performance; elle redéfinit jusqu’où cette performance peut se rendre. Dans des mondes qui requièrent des milliers de personnages, de constantes mises à jour, et une portée mondiale, l’IA allège de plus en plus le fardeau technique de la mise à l’échelle. Cela permet à la créativité humaine de demeurer concentrée sur ce qui importe le plus.

En regardant au-delà de 2026, la performance humaine authentique devient une marque de distinction plutôt qu’un choix par défaut. Dans un monde où l’IA peut générer une infinité de variations du langage parlé standard, la nuance, l’intention et l’émotion d’un acteur humain s’affirment avec plus de clarté, pas moins.

L’avenir des voix dans le jeu vidéo ne passe pas par l’IA qui prend le contrôle. C’est plutôt la scène qui s’agrandit, la technologie qui accroît sa portée, et c’est l’expression artistique humaine qui pousse les joueurs à écouter, à s'identifier et à s’immerger complètement.